Cheers Europe !

14Oct08

Je disais dans mon précédent billet que le gouverneur de la banque centrale, M. Jouahri esperait faire du Maroc une base de repli pour l’investisseur étranger en quête de diversification.

Je disais aussi que ce n’était pas vraiment un bon argument dans la mesure où pour être catégorisé comme une base de repli, il faudrait avoir une faible correlation entre notre bourse et l’étranger : ce qui n’est pas le cas.

Malgré ce qu’avancent bon nombre d’analystes, je reste convaincu que notre bourse est fortement corellée aux bourses internationales. Je n’avais pas les outils pour illustrer mes propos au moment de la rédaction, mais maintenant que je suis au bureau je me suis dit qu’un graphe valait mieux qu’une longue tirade.

T1B as of October 14th, 2008 - (c) la banque où je bosse🙂

Au sujet de la crise financière, le sentiment à chaud que je tire des mesures prises par les gouvernements européens est que ces derniers m’ont bluffé. Ils ont donné une belle leçon d’efficacité à leur homologue américain.

Quand les américains se débattaient pour décider s’il fallait ou non sauver leur système bancaire, la montagne a accouché d’une (certes grosse) souris de US$700b. Il aura fallu un week end à Gordon Brown & Co. pour pondre un projet diablement plus efficace (cf. reprise des marchés non seulement européens, mais mondiaux). On top of that, le projet a de fortes chances de ne pas coûter autant que les chiffres avancés (environ €1800b – le PIB de la France). Ce projet n’est en réalité qu’une garantie sur les prêts interbancaires : ce n’est pas de l’argent destiné à être injecté automatiquement. Il se peut que le contribuable européen sorte gagnant de cette situation.

Et qui dit mieux ? Les boss des sociétés maintenant garanties seront surveillés de près avec des salaires moins frustrants pour les contribuables …

Top non ?

En tous cas je dis bravo à Gordon Brown pour l’engineering du plan et à Sarko qui en a fait un bon marketing.


Ok, ça fait un bon moment que je vous ai fait faux bond… D’ailleurs je ne vous promets pas de revenir de sitôt. Il faut dire que je suis resté très présent sur la blogoma mais en tant que simple visiteur. Mais comme les vieux amis, on ne s’en tiendra pas rigueur et on fera comme si de rien n’était.

Vous me direz peut être qu’est ce qui me pousse à me remettre à écrire comme ça, aujourd’hui, à 4h du matin. Je vous répondrai « deux moustiques de compétition et un cauchemard interminable ».

Ce cauchemard, c’est la répétition en rêve du vendredi noir que j’ai vécu aujourd’hui. Un marché pour la énième fois baissier. Moins zero virgule quelque chose, c’est relativement positif contrairement aux autres journées me diriez vous … Oui ! Sauf qu’aujourd’hui nous avons vraiment commencé à voir les prémices de la crise longue arriver.

Certes, pas de la même ampleur qu’en Europe, et encore moins qu’aux États-Unis. C’est vrai. La nature même de la crise est totalement différente. Là bas, il s’agit d’une crise systémique. Le corps de la finance internationale est tombé malade de son cœur (les fameux actifs toxiques), et le sang (prêts interbancaires) à force d’être contaminé circule de moins en moins.

Le gouverneur de la banque centrale, flairant probablement l’opportunité pour notre pays de devenir le hub financier NW africain qu’il ambitionne de devenir a déclaré que « (…) le Maroc a des atouts pour offrir une base de repli dans cette conjoncture (ndlr: boursière) difficile ». Il sous entend que notre marché n’est pas corrélé aux différentes places internationales. Ce qui est totalement et absolument faux. Une simple comparaison de l’indice marocain (MASI) avec celui des pays émergents (FTSE Emerging(1) par exemple) montre que le Maroc suit la tendance internationale. Il montre aussi qu’il a une plus forte volatilité que l’indice (ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les spéculateurs, et une mauvaise pour nous petits épargnants). Si le Maroc est une base de repli pour les investisseurs internationaux, alors tous les marchés dits émergents le sont.

Je vous disais que la crise en Europe et aux Etats Unis était systémique. Au Maroc celle qui se profile est économique. Pourquoi et comment ? Au pourquoi je ne prétenderai pas avoir la réponse. Ce que j’ai vu restera (peut être) comme un enchaînement sans fin de mauvaises nouvelles. Ca a commencé par un marché sans relief. Depuis le mois d’Avril, la bourse était flat, attentiste, des petites variations suivies quasiment immédiatement de corrections, et cela jusqu’à la fin de l’été. Les volumes étaient très faibles et, grosso modo, il ne se passait rien sur le marché.
Septembre : Les premiers grands effets de la crise financière majeure commencent à intéresser le grand public, avec la faillite spectaculaire de Lehman Brothers. Le même jour, toutes les bourses internationales crashent, y compris la bourse de Casa.
Selon certains quotidiens, cette sévère correction de la bourse de Casa, qui s’est poursuivie deux jours durant, a été précipitée par la banque d’affaires CFG. Ce à quoi je ne crois pas une seule seconde (mais cela n’est pas l’objet de ce billet).
Le fait d’attribuer cette correction à une manipulation est révélateur de l’idée que l’on a de notre marché : Il est impossible que notre marché réagisse à une conjoncture internationale, ou alors si c’est le cas ce n’est qu’un effet psychologique. Franchement, j’en sais rien ! Ce que je sais, c’est que oui, il réagit. La raison, je ne la connais pas.

Octobre : Le marché continue sa tendance baissière, et la performance annuelle est de près de -5% (vs. -35% pour le DowJones par exemple).

Aujourd’hui pourquoi je panique ? Parce que je commence à voir les effets de cette baisse du marché equity au Maroc. La baisse qui dure depuis près de 2 mois a asséché le marché de ses liquidités. Les investisseurs veulent rester liquides pour investir au plus bas. Les banquiers ne prêtent plus car eux mêmes ont du mal à se financer. Manque de chance, inflation aidant, le taux directeur a été revu à la hausse. Entrainant avec lui une nouvelle baisse du marché actions. Les emprunteurs veulent tous contracter leurs dettes maintenant, avant l’entrée en vigueur effective de la hausse des taux. Or les liquidités étant de plus en plus rares, les spreads sont de plus en plus élevés.

Des entreprises qui s’endettent plus cher créent moins de valeur, ou ralentissent leur activité économique. La réponse n’est même pas l’habituelle planche à billets qui consiste à injecter des sommes sur le marché monétaire. Cela ne servirait à rien, les banques n’ont apparemment pas de soucis à ce niveau. Il s’agit de la reprise de confiance des investisseurs, et l’apport de liquidités sur le marché.

Il faut que les gens se disent : « ok, ça ne peut pas aller plus bas, je dois acheter maintenant ». La confiance n’y est pas pour le moment.

J’espère sincèrement me tromper car la vague que je crois venir est peu être un peu trop haute pour nous. Comme dirait ce génie de Warren Buffet : « c’est quand la marée descend que l’on voit qui nageait à poil ». Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de monde qui porte son maillot …

(1) Comprenant les pays suivants (en anglais) : Brazil, Israel, Mexico, South Africa, South Korea, Taiwan, Argentina, Chile, China, Colombia, Czech Republic, Egypt, Hungary, India, Indonesia, Malaysia, Morocco, Pakistan, Peru, Philippines, Poland, Russia, Thailand, Turkey.


A voir jusqu’au bout !


Depuis son retour au plusbeaupaysdumonde il y a exactement 2 mois et quelques heures, Hmed n’a pas sorti la tête de l’eau. Le poisson qu’il est devenu se noie sous masse titanesque de travail qu’il accomplis tant bien que mal.

Autant dire qu’il n’a pas eu trop eu l’occasion de profiter des joies du seddari ou du goûter quotidien qu’on lui a fait miroîter pour qu’il accepte de rentrer chez lui. Il n’a pas eu l’occasion non plus de sortir rencontrer la société bien pensante et forcément … vous savez … vous vous en doutez … de le faire …

En réalité, cela faisait près d’un an que Hmed ne l’avait pas fait. Il sentait la pression monter, aucune soupape pour laisser tout cela s’échapper. Il savait qu’à la première fois qu’il le referait ce serait l’explosion, un vrai volcan en ébulition… Ce que tout homme normal pratique de manière régulière, Hmed le considérait comme étant quelque chose d’inaccessible. Pas assez de temps, peur de se mouiller, de se faire mal, il n’allait quand même pas y aller juste comme cela, sans un minimum d’engagement … Non ! Hmed est un homme engagé et digne, il n’irait pas se fourrer n’importe où juste histoire de dire : je l’ai fait !

Eh bien figure toi cher lecteur que Hmed a finalement franchi le pas. En fin de semaine dernière il osa, hésitant, le coeur battant la chamade à la manière d’un adolescent a la rencontre de son premier flirt, il y alla à la fois excité, un peu d’appréhension mais déterminé : cette fois il n’allait pas looser de nouveau, cette fois il faut que ça marche ! Respire un grand coup et vas y !

Hmed franchit la porte, entre d’un pas assuré, s’assied la dévisage, la décortique, il va a sa rencontre. Elle lui semble occupée, très occupée. Elle ne lui accorde aucune d’importance, qu’à cela ne tienne, il est déterminé. Il pose des questions, s’intéresse à elle, la provoque, la teste, il cherche à la coincer … Cette fois c’est sur, c’est la bonne. Je la regarde, elle me regarde, je la désire, elle un peu moins. Elle a grand coeur, elle veut bien de moi. J’en ai envie, mais je ne suis pas un garçon facile… Rendez vous est pris, ça sera pour Jeudi soir. Par mesure de précaution, restons discrets.

Hier, j’y ai pensé toute la journée, j’étais fébrile mais excité. Je ne pensais qu’à ça, je n’arrivais pas à me concentrer dans mon travail. Le soir arriva, j’ai pensé abandonner. J’avais peur des conséquences, mais je me suis engagé, je dois y aller. Arrivé à l’endroit de notre rendez vous je me gare, hésite avant de descendre … je monte dans l’ascenseur et vais droit à notre besogne.

J’enlève rageusement ma cravate, puis la chaussure gauche, la chemise puis suit la chaussure droite, j’étais tout excité de ce qui m’attendais … je me jette dans l’arène comme un chien fou, je donne tout ce que j’ai. Haletant, transpirant, je donne tout ce que j’ai … Et je donne je donne je donne, je me surprend a regarder en meme temps la télé, moment de honte ! Je me reprend et change de position, et je donne je donne je donne … je suis fatigué ! Je me désaltère en ne pensant qu’au troisième round. Epuisé, je décide d’arrêter la partie là, je n’en peux plus et vais prendre ma douche, je me rhabille et range mon sac de sport. L’endorphine me drogue et je ne pense qu’à me jeter sous ma couette… Le repos du guerrier.

Finalement le sport m’a fait du bien, et je repartirai bien pour un autre tour ! Ca faisait près d’un an que je ne m’étais pas bougé.


Un ami a déniché pour une petite perle dans notre presse nationale, qu’il s’est empressé de me forwarder.

Je vous la livre tel quel, sans commentaire (et pour cette fois, je fais l’impasse sur le copyright, mais c’est trop bon !)

Que serait, par exemple, la vision 2010 pour le tourisme sans l’effet d’attraction quasi universelle de la moule marocaine ?

La moule marocaine a de tout temps été connue et appréciée pour sa plastique, sa fraîcheur, son goût, et ses qualités aussi bien olfactives que gustatives ; la moule marocaine est, sans conteste, une dimension essentielle de notre identité nationale; de Tanger à Lagouira, la pêche aux moules mobilise, depuis toujours, les énergies et les intelligences de nos concitoyens; chaque Marocain a une technique particulière pour pêcher sa moule et pour l’accommoder; la passion des Marocains pour la moule a fait de sa consommation un art reconnu dans le monde entier; la moule marocaine s’est imposée partout; au Moyen-Orient, dans les pays du Golfe, en Arabie Saoudite, même en période de pèlerinage, en Europe, en Afrique, aux USA; outre le fait que la consommation de la moule marocaine est le meilleur gage de sa qualité, il faut reconnaître qu’elle donne à notre pays un avantage politique et géostratégique décisif sur nos concurrents directs. Que serait, par exemple, la vision 2010 pour le tourisme sans l’effet d’attraction quasi universelle de la moule marocaine ? Maintenant, il y a un problème; le département des Pêches maritimes annonce que les moules, actuellement, «ne présentent aucune garantie de salubrité et constituent un danger pour la santé publique»; il accuse surtout les moules en vrac, les plus sympathiques; celles qui sont conditionnées, les bourgeoises, restent «potables»; un comble.


Le Marocain est toujours entrain de râler, d’essayer d’entourlouper la société, d’en vouloir à ses concitoyens. J’ai le sentiment qu’il est beaucoup moins tolérant et qu’il perd son calme beaucoup plus vite qu’il y a de cela une ou deux décades. Il est en colère, contre beaucoup de chose, mais surtout contre son état de … Marocain ! Êtes vous en colère ? Selon ma théorie, oui.

Certainement, les Marocains en ont sur le cœur, et la moindre discussion creuse pour meubler un silence se transforme en reproche contre la société. Ils pensent que le pays va de pire en pire, et ne s’attendent pas à une amélioration. Mais en colère ? Pourquoi ?

Les uns le reprochent au Makhzen de décapiter toute personne qui sort la tête de l’eau, d’autres en veulent au PJD de ne pas apporter une opposition autre que démagogique.

Est ce cela ? Ou est ce peut être les taxes trop élevées ? La vie chère ? La non protection sociale ? Les services publics inexistants ? Cette nouvelle immigration dont il est bon ton de se plaindre* ou plutôt tous ces trains et bus en retard ?

Tous ces bons vieux problèmes peuvent effectivement impliquer un cynisme lassant. Mais est ce que tout un pays peut être en colère à cause des trains en retard ? Non non, il doit y avoir autre chose.


La loi de l’ambivalence de Freud apporte un début d’explication.  Avant que Sir Laurence Olivier n’interprète Hamlet, il était allé voir le Dr. Ernest Jones qui lui expliqua le mécanisme de la loi de l’ambivalence. Il lui expliqua que les être humains étaient parfaitement capables d’aimer et de haïr la même chose; ces sentiments contradictoires menant d’abord à une frustration puis à de la colère.

Peut être que les marocains sont victimes de la loi de Freud. Aujourd’hui, quand ils contemplent leur pays, le grand Maghreb et la (pseudo) nation Arabe, ils sont envahis de sentiments profondément contradictoires. Dans trois domaines sensibles – Islam, Panarabisme et Globalisation – le Marocain est confronté à des dilemmes encore non résolus. Ce n’est pas comme si le Marocain savait ce qu’il en pensait, mais qu’il ne sait pas l’exprimer, c’est qu’il ne sait tout simplement pas ce qu’il en pense. Selon notre loi, il est ambivalent.

Prenons par exemple l’Islam. Le Marocain a été éduqué dans un référentiel religieux qu’est un certain Islam Malékite. Il est pour la piété raisonnée, et aime les aspects esthétiques, solidaires et rassurants de sa religion. Cela le blesse au plus profond de lui même d’entendre de nos jours de plus en plus d’attaques contre sa religion. Il culpabilise souvent de ne pas pratiquer sa religion comme il le voudrait, mais il sait que le bon Dieu est clément.
En même temps, lorsqu’il voit ce que certains se permettent de faire au nom de l’Islam, ou bien le défaitisme ambiant de la société devant l’un des fondamentaux de sa religion : le Destin, il ne sait plus s’il est toujours bon ou mauvais d’être aussi pieux. La religion est bonne pour un certain équilibre, mais si en faire trop doit le mener à ces excès, alors peut être qu’il vaut mieux s’en éloigner ? Le Marocain ne sait pas vraiment ce qu’il pense, il fait des aller-retours vers l’une et l’autre des positions.

Ou alors considérez le Panarabisme. Lorsqu’il voit face à lui une Europe, qui il y a 60 ans se déchirait encore, aujourd’hui plus solidaire que jamais, et qu’en plus ces gens là n’ont rien en commun à part peut être la plaque tecktonic (;-) ) sur laquelle ils vivent, le Marocain est pris d’un profond sentiment d’envie et de jalousie. Il aimerait en faire de même avec ses voisins proches et lointains. Après tout, la nature des économies arabes étant tellement differentes les unes des autres qu’elles serait à la limite d’une zone monétaire optimale. Il rêverait de retrouver une grande nation arabe de Bagdad à Poitiers et de Tripoli à Dakar
Mais quand il voit comment certains moyen orientaux s’entretuent pour la présidence d’un pays – le Liban – qui ne fait même pas la distance Casa-Marrakech, ou pour gérer un pays qui n’a même pas sa propre armée – la Palestine – ou encore des gens qui s’entretuent parce que chiites ou sunnites, le Marocain se demande vraiment s’il a quelque chose à voir avec ces animaux imbéciles.

Pareil pour la globalisation. Pour faire simple, le Marocain est très heureux de la délocalisation des centres d’appels et autres taches ingrates dont ne veulent pas les occidentaux sur son sol. S’ils ne veulent pas de ces jobs, lui il saura quoi en faire. Il aime la délocalisation et est partisan de la concurrence la plus sauvage quand il en est bénéficiaire. Il est heureux d’acheter des télévisions chinoises contrefaites, où le SOUNY trône au dessus du recepteur satellite qui lui permet de comparer son Houme Cinima à celui de son homologue occidental.

En même temps, il se plaint à longueur de journée de l’envahissement des produits chinois et de la faillite des industries du textile face à la concurrence chinoise. Ce n’est plus ce que c’était aujourd’hui, et il est plus difficile de faire des affaires.

L’ambivalence de Hamlet mena à la mort et la destruction tout autour. Esperons que je me trompe, et que la loi de l’ambivalence ne s’applique pas au plusbeaupaysdumonde. Autrement, on pourrait peut être tous se mettre au Yoga ?

* Ces pauvres immigrants ne doivent pas depasser les 50,000, mais les marocains aiment bien s’en plaindre, ça les rapproche des pays « développés »


J’ai envie de dire : « cap’ ou pas cap’ ? »

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