Credit crunch : le Maroc aussi ?
Ok, ça fait un bon moment que je vous ai fait faux bond… D’ailleurs je ne vous promets pas de revenir de sitôt. Il faut dire que je suis resté très présent sur la blogoma mais en tant que simple visiteur. Mais comme les vieux amis, on ne s’en tiendra pas rigueur et on fera comme si de rien n’était.
Vous me direz peut être qu’est ce qui me pousse à me remettre à écrire comme ça, aujourd’hui, à 4h du matin. Je vous répondrai “deux moustiques de compétition et un cauchemard interminable”.
Ce cauchemard, c’est la répétition en rêve du vendredi noir que j’ai vécu aujourd’hui. Un marché pour la énième fois baissier. Moins zero virgule quelque chose, c’est relativement positif contrairement aux autres journées me diriez vous … Oui ! Sauf qu’aujourd’hui nous avons vraiment commencé à voir les prémices de la crise longue arriver.
Certes, pas de la même ampleur qu’en Europe, et encore moins qu’aux États-Unis. C’est vrai. La nature même de la crise est totalement différente. Là bas, il s’agit d’une crise systémique. Le corps de la finance internationale est tombé malade de son cœur (les fameux actifs toxiques), et le sang (prêts interbancaires) à force d’être contaminé circule de moins en moins.
Le gouverneur de la banque centrale, flairant probablement l’opportunité pour notre pays de devenir le hub financier NW africain qu’il ambitionne de devenir a déclaré que “(…) le Maroc a des atouts pour offrir une base de repli dans cette conjoncture (ndlr: boursière) difficile”. Il sous entend que notre marché n’est pas corrélé aux différentes places internationales. Ce qui est totalement et absolument faux. Une simple comparaison de l’indice marocain (MASI) avec celui des pays émergents (FTSE Emerging(1) par exemple) montre que le Maroc suit la tendance internationale. Il montre aussi qu’il a une plus forte volatilité que l’indice (ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les spéculateurs, et une mauvaise pour nous petits épargnants). Si le Maroc est une base de repli pour les investisseurs internationaux, alors tous les marchés dits émergents le sont.
Je vous disais que la crise en Europe et aux Etats Unis était systémique. Au Maroc celle qui se profile est économique. Pourquoi et comment ? Au pourquoi je ne prétenderai pas avoir la réponse. Ce que j’ai vu restera (peut être) comme un enchaînement sans fin de mauvaises nouvelles. Ca a commencé par un marché sans relief. Depuis le mois d’Avril, la bourse était flat, attentiste, des petites variations suivies quasiment immédiatement de corrections, et cela jusqu’à la fin de l’été. Les volumes étaient très faibles et, grosso modo, il ne se passait rien sur le marché.
Septembre : Les premiers grands effets de la crise financière majeure commencent à intéresser le grand public, avec la faillite spectaculaire de Lehman Brothers. Le même jour, toutes les bourses internationales crashent, y compris la bourse de Casa.
Selon certains quotidiens, cette sévère correction de la bourse de Casa, qui s’est poursuivie deux jours durant, a été précipitée par la banque d’affaires CFG. Ce à quoi je ne crois pas une seule seconde (mais cela n’est pas l’objet de ce billet).
Le fait d’attribuer cette correction à une manipulation est révélateur de l’idée que l’on a de notre marché : Il est impossible que notre marché réagisse à une conjoncture internationale, ou alors si c’est le cas ce n’est qu’un effet psychologique. Franchement, j’en sais rien ! Ce que je sais, c’est que oui, il réagit. La raison, je ne la connais pas.
Octobre : Le marché continue sa tendance baissière, et la performance annuelle est de près de -5% (vs. -35% pour le DowJones par exemple).
Aujourd’hui pourquoi je panique ? Parce que je commence à voir les effets de cette baisse du marché equity au Maroc. La baisse qui dure depuis près de 2 mois a asséché le marché de ses liquidités. Les investisseurs veulent rester liquides pour investir au plus bas. Les banquiers ne prêtent plus car eux mêmes ont du mal à se financer. Manque de chance, inflation aidant, le taux directeur a été revu à la hausse. Entrainant avec lui une nouvelle baisse du marché actions. Les emprunteurs veulent tous contracter leurs dettes maintenant, avant l’entrée en vigueur effective de la hausse des taux. Or les liquidités étant de plus en plus rares, les spreads sont de plus en plus élevés.
Des entreprises qui s’endettent plus cher créent moins de valeur, ou ralentissent leur activité économique. La réponse n’est même pas l’habituelle planche à billets qui consiste à injecter des sommes sur le marché monétaire. Cela ne servirait à rien, les banques n’ont apparemment pas de soucis à ce niveau. Il s’agit de la reprise de confiance des investisseurs, et l’apport de liquidités sur le marché.
Il faut que les gens se disent : “ok, ça ne peut pas aller plus bas, je dois acheter maintenant”. La confiance n’y est pas pour le moment.
J’espère sincèrement me tromper car la vague que je crois venir est peu être un peu trop haute pour nous. Comme dirait ce génie de Warren Buffet : “c’est quand la marée descend que l’on voit qui nageait à poil”. Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de monde qui porte son maillot …
(1) Comprenant les pays suivants (en anglais) : Brazil, Israel, Mexico, South Africa, South Korea, Taiwan, Argentina, Chile, China, Colombia, Czech Republic, Egypt, Hungary, India, Indonesia, Malaysia, Morocco, Pakistan, Peru, Philippines, Poland, Russia, Thailand, Turkey.
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