La loi de Freud et le marocain en colère

14 02 2008

Le Marocain est toujours entrain de râler, d’essayer d’entourlouper la société, d’en vouloir à ses concitoyens. J’ai le sentiment qu’il est beaucoup moins tolérant et qu’il perd son calme beaucoup plus vite qu’il y a de cela une ou deux décades. Il est en colère, contre beaucoup de chose, mais surtout contre son état de … Marocain ! Êtes vous en colère ? Selon ma théorie, oui.

Certainement, les Marocains en ont sur le cœur, et la moindre discussion creuse pour meubler un silence se transforme en reproche contre la société. Ils pensent que le pays va de pire en pire, et ne s’attendent pas à une amélioration. Mais en colère ? Pourquoi ?

Les uns le reprochent au Makhzen de décapiter toute personne qui sort la tête de l’eau, d’autres en veulent au PJD de ne pas apporter une opposition autre que démagogique.

Est ce cela ? Ou est ce peut être les taxes trop élevées ? La vie chère ? La non protection sociale ? Les services publics inexistants ? Cette nouvelle immigration dont il est bon ton de se plaindre* ou plutôt tous ces trains et bus en retard ?

Tous ces bons vieux problèmes peuvent effectivement impliquer un cynisme lassant. Mais est ce que tout un pays peut être en colère à cause des trains en retard ? Non non, il doit y avoir autre chose.


La loi de l’ambivalence de Freud apporte un début d’explication.  Avant que Sir Laurence Olivier n’interprète Hamlet, il était allé voir le Dr. Ernest Jones qui lui expliqua le mécanisme de la loi de l’ambivalence. Il lui expliqua que les être humains étaient parfaitement capables d’aimer et de haïr la même chose; ces sentiments contradictoires menant d’abord à une frustration puis à de la colère.

Peut être que les marocains sont victimes de la loi de Freud. Aujourd’hui, quand ils contemplent leur pays, le grand Maghreb et la (pseudo) nation Arabe, ils sont envahis de sentiments profondément contradictoires. Dans trois domaines sensibles - Islam, Panarabisme et Globalisation - le Marocain est confronté à des dilemmes encore non résolus. Ce n’est pas comme si le Marocain savait ce qu’il en pensait, mais qu’il ne sait pas l’exprimer, c’est qu’il ne sait tout simplement pas ce qu’il en pense. Selon notre loi, il est ambivalent.

Prenons par exemple l’Islam. Le Marocain a été éduqué dans un référentiel religieux qu’est un certain Islam Malékite. Il est pour la piété raisonnée, et aime les aspects esthétiques, solidaires et rassurants de sa religion. Cela le blesse au plus profond de lui même d’entendre de nos jours de plus en plus d’attaques contre sa religion. Il culpabilise souvent de ne pas pratiquer sa religion comme il le voudrait, mais il sait que le bon Dieu est clément.
En même temps, lorsqu’il voit ce que certains se permettent de faire au nom de l’Islam, ou bien le défaitisme ambiant de la société devant l’un des fondamentaux de sa religion : le Destin, il ne sait plus s’il est toujours bon ou mauvais d’être aussi pieux. La religion est bonne pour un certain équilibre, mais si en faire trop doit le mener à ces excès, alors peut être qu’il vaut mieux s’en éloigner ? Le Marocain ne sait pas vraiment ce qu’il pense, il fait des aller-retours vers l’une et l’autre des positions.

Ou alors considérez le Panarabisme. Lorsqu’il voit face à lui une Europe, qui il y a 60 ans se déchirait encore, aujourd’hui plus solidaire que jamais, et qu’en plus ces gens là n’ont rien en commun à part peut être la plaque tecktonic ( ;-) ) sur laquelle ils vivent, le Marocain est pris d’un profond sentiment d’envie et de jalousie. Il aimerait en faire de même avec ses voisins proches et lointains. Après tout, la nature des économies arabes étant tellement differentes les unes des autres qu’elles serait à la limite d’une zone monétaire optimale. Il rêverait de retrouver une grande nation arabe de Bagdad à Poitiers et de Tripoli à Dakar
Mais quand il voit comment certains moyen orientaux s’entretuent pour la présidence d’un pays - le Liban - qui ne fait même pas la distance Casa-Marrakech, ou pour gérer un pays qui n’a même pas sa propre armée - la Palestine - ou encore des gens qui s’entretuent parce que chiites ou sunnites, le Marocain se demande vraiment s’il a quelque chose à voir avec ces animaux imbéciles.

Pareil pour la globalisation. Pour faire simple, le Marocain est très heureux de la délocalisation des centres d’appels et autres taches ingrates dont ne veulent pas les occidentaux sur son sol. S’ils ne veulent pas de ces jobs, lui il saura quoi en faire. Il aime la délocalisation et est partisan de la concurrence la plus sauvage quand il en est bénéficiaire. Il est heureux d’acheter des télévisions chinoises contrefaites, où le SOUNY trône au dessus du recepteur satellite qui lui permet de comparer son Houme Cinima à celui de son homologue occidental.

En même temps, il se plaint à longueur de journée de l’envahissement des produits chinois et de la faillite des industries du textile face à la concurrence chinoise. Ce n’est plus ce que c’était aujourd’hui, et il est plus difficile de faire des affaires.

L’ambivalence de Hamlet mena à la mort et la destruction tout autour. Esperons que je me trompe, et que la loi de l’ambivalence ne s’applique pas au plusbeaupaysdumonde. Autrement, on pourrait peut être tous se mettre au Yoga ?

* Ces pauvres immigrants ne doivent pas depasser les 50,000, mais les marocains aiment bien s’en plaindre, ça les rapproche des pays “développés”


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